1ère Enseignement Scientifique • Thème 1 — Origine et évolution de l'univers • 2026-2027
Activité 4 — Dater une roche, soigner un patient (corrigé)
Corrigé de l'activité 4 du thème 1, partie 1 (1re ES) : datation des zircons de Jack Hills par l'uranium 238, scintigraphie osseuse au technétium 99m et radioprotection.
Introduction
Deux objets sans lien apparent : un cristal australien de et une image du squelette entier d’un patient, obtenue en trois heures. Le premier date de milliards d’années, la seconde a été prise ce matin. Pourtant, tous deux reposent sur la même propriété : la décroissance radioactive, dont l’activité précédente a montré qu’elle suit une loi régulière et caractéristique de chaque noyau.
Problématique. Comment un noyau radioactif peut-il servir d’horloge et d’outil médical ?
Savoirs et savoir-faire
Savoirs
- La demi-vie est caractéristique du noyau radioactif considéré (réinvestissement).
Savoir-faire / capacités
- Utiliser une décroissance radioactive pour effectuer une datation, en identifiant les hypothèses du modèle utilisé.
- Expliquer l’utilisation des noyaux radioactifs en contexte médical.
- Citer quelques précautions liées à l’utilisation de substances radioactives et les relier au principe d’optimisation.
- Calculer le nombre de noyaux restants après demi-vies (réinvestissement).
Dater un cristal : les zircons de Jack Hills
Document 1 — Les zircons de Jack Hills (Australie-Occidentale)
Les zircons sont de minuscules cristaux (de à mm), emprisonnés dans des roches plus récentes. Ceux extraits de la formation de Jack Hills, en Australie-Occidentale, comptent parmi les plus anciens matériaux terrestres connus : le plus ancien d’entre eux a été daté à milliards d’années, alors que la Terre s’est formée il y a milliards d’années. Tous les grains de cette formation ne sont pas aussi anciens : celui étudié ici a cristallisé il y a environ milliards d’années.
Pour dater un zircon, on exploite la désintégration de l’uranium 238 : chaque noyau de qui se désintègre finit par donner un noyau de plomb 206 stable, , qui reste piégé dans le cristal.
La datation repose sur deux hypothèses :
- H1 — Lors de sa cristallisation, le zircon incorpore l’uranium mais rejette le plomb : il ne contenait donc aucun plomb initialement ;
- H2 — Le zircon est un minéral exceptionnellement résistant : depuis sa cristallisation, il n’a ni perdu ni gagné d’uranium ou de plomb. On dit qu’il s’est comporté comme un système fermé.
Sur ce grain, on compte environ 67 atomes de plomb 206 pour 100 atomes d’uranium 238 encore présents (valeur arrondie pour simplifier les calculs).

Grain de zircon de Jack Hills (longueur de l’ordre de ).
Source : University of Wisconsin-Madison (J. W. Valley) / NASA Earth Observatory — licence à vérifier. Contexte : S. A. Wilde et al., Nature 409, 175–178 (2001) — le plus ancien grain de Jack Hills, daté à milliards d’années.
Remarque
Les analyses réelles sont effectuées à la sonde ionique et fournissent des rapports isotopiques avec bien plus de chiffres significatifs. La valeur « 67 pour 100 » utilisée ici est un arrondi, choisi pour simplifier les calculs en classe. Elle ne correspond pas à un relevé instrumental précis.
La décroissance de l’uranium 238
Document 2 — Décroissance de l’uranium 238
La courbe ci-dessous donne l’évolution du nombre de noyaux d’uranium 238 encore présents dans un cristal, exprimé en pourcentage du nombre initial, en fonction du temps écoulé depuis la cristallisation.

Décroissance du nombre de noyaux d’uranium 238 restants en fonction du temps écoulé depuis la cristallisation. Construction (correction) : horizontale à milliards d’années ; horizontale à milliards d’années (temps lus en milliards d’années).
Remarque
La méthode réelle de datation uranium-plomb utilise également le couple uranium 235 / plomb 207. En comparant les âges obtenus avec les deux couples, les géologues vérifient l’hypothèse H2 du système fermé : si le cristal avait perdu du plomb, les deux âges ne concorderaient pas.
Soigner un patient : la scintigraphie au technétium 99m
Document 3 — La scintigraphie au technétium 99m
Le technétium 99m, noté , est le radionucléide le plus utilisé en imagerie médicale. C’est un émetteur gamma : lors de sa désintégration, il produit un rayonnement gamma d’énergie , qui traverse les tissus et peut être détecté à l’extérieur du corps.
Sa demi-vie est courte : heures. Il est obtenu sur place, à l’hôpital, à partir d’un générateur au molybdène 99.
Pour une scintigraphie osseuse, on injecte au patient une activité typique de . Les images sont acquises 2 à 3 heures après l’injection, ce qui permet de visualiser l’ensemble du squelette grâce à la fixation du traceur sur les os.

Scintigraphie osseuse au technétium 99m : le squelette entier est visible quelques heures après l’injection.
Source : Wikimedia Commons / service hospitalier universitaire — licence à vérifier. Données : AIEA / OCDE-AEN, SFMN.
Se protéger des rayonnements ionisants
Document 4 — Les principes de la radioprotection
La radioprotection regroupe l’ensemble des mesures destinées à protéger les personnes des rayonnements ionisants. Le système international de radioprotection repose sur trois principes et se traduit par trois moyens pratiques.
| Les trois principes | Les trois moyens pratiques |
|---|---|
| Justification : toute exposition doit être justifiée par un bénéfice qui l’emporte sur le risque. | Temps : réduire la durée d’exposition. |
| Optimisation (ALARA) — As Low As Reasonably Achievable : maintenir l’exposition aussi basse que raisonnablement possible. | Distance : s’éloigner de la source. |
| Limitation : respecter les limites réglementaires de dose. | Écran : placer un écran (plomb, béton) entre la source et la personne. |
Conseils au patient après un examen de médecine nucléaire : boire beaucoup et uriner fréquemment pour accélérer l’élimination du traceur ; éviter les contacts rapprochés et prolongés avec de jeunes enfants et des femmes enceintes pendant quelques heures.
Source : ASNR (ex-ASN/IRSN), fiche d’information du public « Les principes de la radioprotection ».
Questions
-
La datation de ce cristal repose sur deux hypothèses, toutes deux énoncées dans le Document 1.
(a) Laquelle concerne le plomb présent au moment de la cristallisation ?
(b) Laquelle concerne les échanges possibles entrée ou sortie du cristal depuis sa formation ?
(c) Choisissez l’une de ces deux hypothèses et expliquez pourquoi l’âge calculé serait erroné si elle n’était pas vérifiée.
Correction
(a) L’hypothèse H1 : le zircon incorpore l’uranium mais rejette le plomb lors de sa cristallisation, si bien qu’il ne contenait aucun plomb au départ.
(b) L’hypothèse H2 : le zircon s’est comporté comme un système fermé, sans avoir perdu ni gagné d’uranium ou de plomb depuis sa cristallisation.
(c) Exemples de réponse.
Si H1 n’était pas vérifiée : une partie du plomb 206 mesuré aujourd’hui aurait été présente dès la cristallisation, sans provenir d’une désintégration. On attribuerait donc à la désintégration plus de plomb qu’elle n’en a réellement produit : le cristal semblerait avoir vécu plus de demi-vies qu’en réalité, et l’âge calculé serait surestimé.
Si H2 n’était pas vérifiée : le rapport plomb/uranium mesuré ne traduirait plus seulement la désintégration. Une perte de plomb (ou un gain d’uranium) ferait paraître le cristal plus jeune qu’il ne l’est ; une perte d’uranium (ou un gain de plomb) le ferait paraître plus vieux.
-
Le comptage donne atomes de plomb 206 pour atomes d’uranium 238.
(a) Déduisez-en le nombre de noyaux d’uranium 238 présents lors de la cristallisation (pour noyaux restants aujourd’hui), puis calculez le pourcentage de noyaux d’uranium 238 restants.
(b) Expliquez pourquoi la mesure du seul uranium 238 restant n’aurait pas permis de dater le cristal.
Correction
(a) Chaque noyau de plomb 206 provient de la désintégration d’un noyau d’uranium 238 : les noyaux de plomb correspondent donc à noyaux d’uranium déjà désintégrés. Pour noyaux d’uranium restants aujourd’hui :
Le pourcentage de noyaux d’uranium 238 encore présents vaut donc :
(b) La mesure du seul uranium 238 restant donne le nombre de noyaux actuels, mais pas le nombre de noyaux présents à la cristallisation : cette valeur initiale n’est pas connue (rien ne la fixe dans le cristal). Or c’est bien le rapport qui renseigne sur le nombre de demi-vies écoulées. C’est le plomb 206 accumulé qui joue ce rôle : il indique combien de noyaux d’uranium se sont désintégrés, donc permet de remonter à .
-
À l’aide de la courbe du Document 2 :
(a) Déterminez graphiquement la demi-vie de l’uranium 238, c’est-à-dire le temps au bout duquel il ne reste plus que des noyaux initiaux.
(b) À l’aide du pourcentage de noyaux d’uranium 238 restants calculé à la question 2.(a), déduisez-en graphiquement l’âge du cristal, comparez-le à l’âge publié pour ce grain ( milliards d’années) et commentez la précision de cette lecture.
Correction
(a) On trace l’horizontale d’ordonnée , puis la verticale passant par son point d’intersection avec la courbe (construction portée en rouge sur la figure du Document 2) : on lit milliards d’années (la valeur tabulée est milliards d’années).
(b) D’après la question 2.(a), il reste des noyaux d’uranium 238, soit environ : plus de la moitié du stock initial subsiste, donc moins d’une demi-vie s’est écoulée depuis la cristallisation. On lit l’abscisse du point de la courbe d’ordonnée , puis la verticale correspondante (construction portée en rouge sur la figure du Document 2) : on obtient milliards d’années.
Cette valeur est en très bon accord avec l’âge publié pour ce grain, milliards d’années. En revanche, la lecture graphique ne permet pas une précision de cet ordre : la grille n’est graduée que tous les milliard d’années et l’épaisseur du trait empêche de lire mieux que quelques dixièmes de milliard d’années. L’âge publié (obtenu par spectrométrie de masse) est donné à quelques millions d’années près : la courbe confirme l’ordre de grandeur, elle ne peut pas vérifier les décimales.
Remarque
Rappel (activité 3). Après demi-vies écoulées, le nombre de noyaux radioactifs restants vaut
-
Une activité de de technétium 99m est injectée à un patient à . Déterminez la fraction de noyaux encore présents plus tard. Comme l’activité est proportionnelle au nombre de noyaux, déduisez-en l’activité restante.
Correction
Avec , la durée de correspond à
La fraction de noyaux encore présents vaut donc :
L’activité étant proportionnelle au nombre de noyaux, elle est divisée par 16 :
-
À l’aide du Document 3, expliquez pourquoi le technétium 99m est particulièrement adapté à l’imagerie médicale. Donnez au moins deux arguments et précisez le rôle de sa demi-vie.
Correction
- C’est un émetteur gamma : le rayonnement d’énergie traverse les tissus et peut être détecté à l’extérieur du corps, ce qui permet de reconstruire une image de la répartition du traceur. Un émetteur alpha ou bêta, arrêté dans l’organisme, serait inutilisable pour une imagerie externe.
- Sa demi-vie courte () limite dans le temps l’irradiation du patient : l’activité décroît très vite après l’examen. Elle reste néanmoins suffisante pendant celui-ci, puisque les images sont acquises à après l’injection, soit moins d’une demi-vie.
- Il est produit sur place, à l’hôpital, à partir d’un générateur au molybdène 99 : cette production locale rend possible l’emploi d’un radionucléide aussi éphémère.
-
(a) À l’aide du Document 4, citez les trois moyens de se protéger d’une source radioactive et proposez, pour chacun, un exemple concret — soit pour le personnel du service de médecine nucléaire, soit pour le patient de retour chez lui.
(b) Le Document 4 présente également les trois principes de la radioprotection. Nommez celui qui consiste à maintenir l’exposition « aussi basse que raisonnablement possible » et expliquez en quoi les trois moyens de la question (a) en sont une application concrète.
Correction
(a) Les trois moyens pratiques et un exemple pour chacun :
- le temps : réduire la durée d’exposition. Par exemple, le personnel prépare et injecte la dose le plus rapidement possible, ou le patient évite les contacts rapprochés et prolongés avec de jeunes enfants et des femmes enceintes ;
- la distance : s’éloigner de la source. Par exemple, la seringue est manipulée à l’aide d’une pince, ou le patient garde ses distances avec ses proches ;
- l’écran : interposer un matériau absorbant (plomb, béton). Par exemple, un protège-seringue en plomb et une vitre plombée pour le personnel, ou les murs en béton du local.
(b) Ce principe est l’optimisation, aussi appelée principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable).
Les trois moyens en sont l’application concrète : passer moins de temps près de la source, s’en tenir plus loin et interposer un écran réduisent tous les trois la dose reçue par la personne exposée. Ils permettent donc de maintenir l’exposition aussi basse que raisonnablement possible, sans renoncer au bénéfice de l’examen pour le patient (principe de justification).
À retenir
- Pour dater un objet, il faut choisir un noyau radioactif dont la demi-vie est proche de l’âge de l’objet à dater, et du même ordre de grandeur en tout cas. La datation n’est exploitable que si le nombre de demi-vies écoulées n’est pas trop éloigné de 1 : si , presque aucun noyau ne s’est désintégré et la variation est trop faible pour être mesurée ; si , il ne reste pratiquement plus de noyaux radioactifs à mesurer. La demi-vie est caractéristique de chaque noyau : c’est elle qui impose le choix de l’horloge.
- Se protéger des rayonnements ionisants (radioprotection) :
- trois principes : la justification (toute exposition doit être justifiée par un bénéfice qui l’emporte sur le risque), l’optimisation, ou principe ALARA (maintenir l’exposition aussi basse que raisonnablement possible) et la limitation (respecter les limites réglementaires de dose) ;
- trois moyens pratiques : réduire le temps d’exposition, augmenter la distance à la source et interposer un écran absorbant (plomb, béton) ;
- après un examen de médecine nucléaire : boire beaucoup et uriner fréquemment pour accélérer l’élimination du traceur, et éviter les contacts rapprochés et prolongés avec de jeunes enfants et des femmes enceintes.
Pour aller plus loin — Datations chiffrées et choix d’une horloge
-
Dater un charbon de bois au carbone 14. Un fragment de charbon de bois retrouvé dans une grotte présente une activité due au carbone 14 de par gramme de carbone. Un échantillon de bois vivant possède, lui, une activité par gramme. On donne ans.
(a) Calculez le rapport et montrez qu’il vaut environ .
(b) L’activité d’un échantillon est proportionnelle au nombre de noyaux radioactifs qu’il contient. Déduisez-en le nombre de demi-vies écoulées depuis la mort de l’arbre.
(c) Calculez l’âge du charbon de bois.
(d) Pourrait-on dater de la même façon une roche vieille de milliards d’années ? Justifiez en une phrase.
Correction
(a) .
(b) L’activité est proportionnelle au nombre de noyaux, donc : il s’est écoulé demi-vies.
(c) (environ ans).
(d) Non : la demi-vie du carbone 14 () est bien trop courte devant milliards d’années (environ demi-vies), il ne reste pratiquement plus de carbone 14 dans une telle roche. Le carbone 14 ne permet d’ailleurs de dater que la matière organique, sur quelques dizaines de milliers d’années au maximum.
-
Choisir la bonne horloge. Une datation n’est exploitable que si la durée à mesurer correspond à un nombre de demi-vies proche de 1. On donne ans, et milliards d’années.
(a) Calculez (durées converties en années) pour ces trois noyaux dans les deux cas suivants : une pièce de bois gauloise de ans, une roche lunaire de milliards d’années. Présentez les six résultats dans un tableau.
(b) Quel noyau faut-il choisir dans chaque cas ? Justifiez à l’aide des valeurs de et expliquez pourquoi le troisième noyau est inutilisable dans les deux cas.
(c) L’uranium 238, horloge de la Terre. La Terre s’est formée il y a milliards d’années, alors que le plus ancien zircon de Jack Hills (Document 1) a cristallisé il y a milliards d’années. Calculez l’écart entre ces deux dates (en millions d’années), puis le pourcentage de noyaux d’uranium 238 encore présents aujourd’hui dans une roche qui se serait formée avec la Terre.
Correction
(a) On convertit d’abord la demi-vie du technétium 99m en années : .
Noyau pour ans pour milliards d’années milliards d’années (b) Pour la pièce de bois gauloise ( ans), on choisit le carbone 14 : , la valeur la plus proche de 1. Pour la roche lunaire ( milliards d’années), on choisit l’uranium 238 : .
Le troisième noyau, le technétium 99m, est inutilisable dans les deux cas : pour le bois et pour la roche. Ces valeurs sont énormes devant 1 : sa demi-vie de est si courte qu’au bout de quelques dizaines d’heures il ne reste plus aucun noyau à mesurer.
Dans chaque situation, l’autre noyau écarté l’est pour la raison inverse : pour le bois, l’uranium 238 est inutilisable car (pratiquement aucun noyau ne s’est désintégré : la quantité de plomb formée est indétectable) ; pour la roche, le carbone 14 est inutilisable car (il a entièrement disparu).
(c) Écart entre les deux dates :
Pour une roche formée avec la Terre, milliards d’années, soit demi-vie :
Il reste donc environ des noyaux d’uranium 238 initiaux (contre pour le grain étudié, plus récent : c’est cohérent).